Allocution du Président du Conseil Supérieur de l’Education, 
de la formation et de la Recherche Scientifique
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8e session du Conseil

Rabat 
Lundi et mardi 21 et 22 décembre 2015



Mesdames et messieurs les membres du Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique
A l’heure où notre Conseil tient sa 8ème session, l’occasion est propice pour faire le bilan des activités réalisées depuis la session écoulée, avec ses acquis et ses contraintes, en vue de tirer les enseignements qui s’imposent et de tracer des perspectives pour l’étape à venir.
Lors de la dernière session, nous avons adopté la vision stratégique de la réforme du système éducatif que les marocains attendaient depuis longtemps et sur laquelle nous avons travaillé sans relâche pendant près de 10 mois. C’était au mois de mai 2015 et depuis lors, nous avons fait du chemin et réalisé de bonnes avancées à différents niveaux :

1. Quelques jours après l’adoption de la vision stratégique, le Bureau du Conseil a eu l’honneur et le privilège d’être reçu par Sa Majesté le Roi en une audience solennelle marquée par la présentation de la vision, l’adhésion des ministères en charge de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique et la remise de la vision par Sa Majesté le Roi au Chef de gouvernement à des fins de déclinaison sous forme de politiques publiques.

2. Nous avons consacré le mois de juin et une partie du mois de juillet à traduire le texte de la vision stratégique vers la langue française, puis son résumé vers l’amazighe et ensuite vers l’anglais et l’espagnol pour la mettre à la portée de publics diversifiés. Nous avons également peaufiné la version arabe et réalisé l’impression et la diffusion du texte de la vision en plusieurs versions, y compris une édition économique accessible à tous et commercialisée dans les kiosques pour la modique somme de quinze dirhams.

3. Parallèlement, nous avons travaillé avec le précieux concours du Bureau à l’élaboration d’un plan de communication qui s’étale sur la durée et qui nous permet d’avoir la maîtrise de notre communication, de mieux faire connaître notre vision, de mieux la faire partager par le plus grand nombre et d’enclencher ainsi le processus d’appropriation et de mobilisation des acteurs et de la société.

4. La fête de trône a été pour nous une double fête et un moment de très grande fierté et satisfaction lorsque nous avons vu Sa Majesté le Roi, dans son discours, entériner la vision stratégique du Conseil dans son esprit et dans son contenu et tenir avec rigueur et clarté des positions fermes sur les questions suivantes :

sur l’importance, les enjeux de la réforme et le rôle du Conseil :
« ... la réforme de l'enseignement est à la base du développement. Elle est la clef de l'ouverture et de la promotion sociale, le gage de protection de l'individu et de la collectivité contre les fléaux de l'ignorance et de la pauvreté, et les démons de l'extrémisme et de l'ostracisme.
Voilà pourquoi Nous n'avons de cesse de plaider pour une réforme substantielle de ce secteur vital, de sorte à réhabiliter l'école marocaine et à la rendre apte à remplir comme il se doit la mission qui est la sienne en matière d'éducation et de développement.
Aussi avons-Nous confié au Conseil supérieur de l'Education, de la Formation et de la Recherche scientifique le soin d'évaluer l'état d'exécution de la Charte nationale de l'éduction et de la formation, et de dégager une vision stratégique globale pour la réforme du système éducatif dans notre pays. »

sur la situation actuelle de l’enseignement et ce que les familles attendent :
« Pour bien comprendre en quoi consiste la réforme, Nous posons cette question : est-ce que l'enseignement que reçoivent nos enfants aujourd'hui dans les écoles publiques est capable de garantir leur avenir ?
Ici, il faut faire preuve de sérieux et de réalisme, et s'adresser aux Marocains en toute franchise en leur demandant : pourquoi sont-ils si nombreux à inscrire leurs enfants dans les établissements des missions étrangères et les écoles privées, malgré leurs coûts exorbitants ? 
La réponse est claire : c'est parce qu'ils cherchent un enseignement ouvert et de qualité, fondé sur l'esprit critique et l'apprentissage des langues, un enseignement qui permette à leurs enfants d'accéder au marché du travail et de s'insérer dans la vie active. »
sur la question des langues étrangères et de l’identité :
« Or, contrairement à ce que prétendent certains, l'ouverture sur les langues et les autres cultures, ne portera aucunement atteinte à l'identité nationale. Bien au contraire, elle contribuera à l'enrichir, d'autant plus que l'identité marocaine est, grâce à Dieu, séculaire et bien enracinée, et qu'elle se distingue par la diversité de ses composantes qui s'étendent de l'Europe jusqu'aux profondeurs de l'Afrique.
Même si j'ai étudié dans une école marocaine suivant les programmes et les cursus de l'enseignement public, je n'ai aucun problème avec les langues étrangères. 
La Constitution, qui a été votée par les Marocains, appelle à l'apprentissage et la maîtrise des langues étrangères en ce qu'elles sont des moyens de communication, d'insertion dans la société de la connaissance et d'ouverture sur l'esprit du temps. »
sur le mode opératoire pour la mise en œuvre de la vision et le chemin à suivre :
« Aussi, la réforme de l'enseignement doit se départir de tout égoïsme et de tous calculs politiques qui hypothèquent l'avenir des générations montantes, sous prétexte de protéger l'identité.
En effet, l'avenir de tout le Maroc reste tributaire du niveau de l'enseignement que nous offrons à nos enfants.
Partant de là, la réforme de l'enseignement doit viser au premier chef à permettre à l'apprenant d'acquérir les connaissances et les habiletés et de maîtriser les langues nationales et étrangères, notamment dans les filières scientifiques et techniques qui ouvrent les portes de l'insertion sociale. » 
sur la mise en œuvre de la vision et sa programmation dans le temps :
« Afin d'assurer le succès de la réforme dans sa portée stratégique, chacun doit se l'approprier et s'impliquer sérieusement dans sa mise en œuvre. En outre, Nous appelons à l'élaboration de cette réforme dans le cadre d'un contrat national contraignant, et ce, à travers l'adoption d'une loi-cadre cernant la vision à long terme et mettant fin à l'interminable cercle vicieux de la réforme de la réforme. »
5. À partir de la mi-juillet nous avons entamé la mise en œuvre du plan de communication autour de la vision stratégique et des voies de sa mise en œuvre.
Dans ce cadre, j’ai personnellement tenu une rencontre avec les responsables des principaux organes de presse et médias. J’ai également accordé une dizaine d’entretiens en arabe et en français à la presse, notamment nationale, pour expliquer comment la vision a été élaborée, pour mettre en évidence l’esprit, la finalité et le contenu de la réforme préconisée, pour clarifier la consistance et la portée de la vision, pour appeler les acteurs à un travail d’appropriation et pour appeler la société à la mobilisation autour de la réforme de l’école.

6. À ce travail d’information, de communicationet d’explication se sont aimablement joints bon nombre de membres du Conseil dûment autorisés par le Président à parler au nom du Conseil apportant ainsi une précieuse contribution à cette entreprise pédagogique sur différents plateaux de radio et de télévision (M. Abdelhamid Akkar, Mme Nadia Bernoussi, M. Noureddine Saïl, M. Abdenasser Naji, M. Jacques Knaffo, Mme Amina Maalainaine, M. Khalid Samadi, Mme Rabea Naciri, Mme Lakbira Taji, ainsi que M. Abdellatif El Moudni, M. Hassan Essmili et Mme Rahma Bourqia). Je me dois ici de leur adresser mes vifs remerciements et mes félicitations pour la qualité de leur prestation.

7. Les six rencontres hebdomadaires du forum de la MAP, qui se sont étalées sur six semaines au cours des mois de septembre-octobre 2015, sont venues intensifier cette campagne de communication et ont permis à 18 membres du Conseil non seulement de faire des présentations substantielles des principaux leviers de la réforme mais aussi de faire la preuve que les membres du Conseil, malgré leur diversité, savent parler d’une seule voix quand il s’agit de présenter et de défendre le travail élaboré collectivement et adopté ensemble.

8. Immédiatement après le travail de préparation des rencontres régionales auquel le Bureau a consacré plusieurs réunions, s’est tenue la première réunion du Comité d’orientation créé par la conventionde coopération entre le Conseil Supérieur de l’Éducation de la Formation et de la Recherche Scientifique et les Départements ministériels en charge de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique.
Ce Comité composé des Ministres concernés, du Président du Conseil et des secrétaires généraux a pris quatredécisions importantes au cours de sa réunion du 11 septembre 2015 :
décision d’associer aux rencontres régionales sur la vision stratégique les Ministères concernés pour présenter à la fois la vision et les premiers programmes de sa mise en œuvre par les départements compétents ;
décision d’entamer la préparation du projet de loi-cadre et de s’y atteler collectivement ;
décision de préparer conjointement la mise en place du système d’information national intégré ;
décision de poursuivre l’étude de l’enseignement religieux afin de préparer un projet de réforme spécifique à cet enseignement en conformité avec les principes directeurs et les orientations de la vision stratégique. 
Je saisis l’occasion ici pour adresser mes vifs remerciements à Messieurs les ministres et secrétaires généraux des départements ministériels pour leur précieuse collaboration.
9. Le 2 novembre se tenait à Rabat, avec la participation des Ministres concernés, la première rencontre régionale sur la vision et les voies de mise en œuvre qui servait de lancement du programme des rencontres régionales devant aller du 2 novembre au 14 décembre.
Ce programme a mobilisé plus de 27 membres du Conseil dans l’encadrement et plus de 60 membres dans la participation. Qu’ils soient tous ici vivement remerciés pour l’excellent travail accompli et dont les échos sont favorables.
Ce volet du plan de communication a connu un franc succès comme nous allons le voir à travers l’examen du premier point à l’ordre du jour de cette session.
10. Parallèlement au déploiement de ces activités, les commissions permanentes ont poursuivi avec constance et régularité leurs travaux tendant à l’élaboration du plan d’action biennal 2016-2017, qui sera soumis à l’Assemblée Générale durant cette session, ainsi que le projet de budget 2016.
Mesdames et messieurs les membres, 
Si nous faisions l’évaluation de notre parcours depuis le départ, le bilan serait franchement positif avec la vision stratégique de la réforme comme principal acquis mais aussi le travail d’évaluation de l’application de la charte entre 2000 et 2013 et l’avis émis sur le projet de réforme de l’enseignement supérieur. 
À côté de ces résultats consistants et tangibles, j’aimerais faire ressortir d’autres acquis d’une autre nature :
1. Nous avons acquis la conviction que nous sommes au service d’une très grande cause celle qui conditionne et détermine toutes les autres et nous partageons la conviction que l’intérêt des apprenants de tous âges, l’intérêt des jeunes et des générations futures, l’intérêt des parents immensément majoritaires qui placent leurs enfants à l’école publique non par choix mais par nécessité, l’intérêt supérieur du pays au plan politique économique social et culturel, au plan du progrès de l’esprit et du développement humain… Tous ces intérêts passent par la réhabilitation de l’école. Et nous avons la conviction partagée que pour apporter notre contribution à la réhabilitation de l’école, nous avons le devoir de rompre avec les clivages idéologiques et partisans, de nous départir du dogmatisme, du sectarisme et de la crispation qui les accompagne, d’abandonner le confort des préjugés  et des idées préconçues et de travailler sans a priori pour le seul bien des apprenants. Je suis persuadé qu’avec ces acquis méthodologiques et épistémologiques nous pouvons aller très loin !

2. Nous avons eu raison d’adopter une attitude d’humilité intellectuelle, de croire aux vertus de la participation, de tendre la main aux autres et de nous mettre à l’écoute des acteurs, des experts, des professionnels, des organismes politiques et syndicaux, du tissu associatif, des intellectuels et plus largement des citoyens car nous en avons beaucoup appris et avons tiré le meilleur profit de leurs contributions. Du reste ceux qui ont contribué par leurs idées et propositions se considèrent, à juste titre, comme co-auteurs de la vision et les dernières rencontres régionales ont révélé qu’ils n’ont eu aucun mal à s’approprier la vision, à la défendre et à contribuer à la mobilisation en faveur de sa mise en œuvre. 

3. Nous avons su nous organiser d’une manière suffisamment rigoureuse pour éviter de tomber dans les travers de la dispersion et suffisamment souple pour permettre à chacun d’être à l’aise et d’apporter sa contribution au travail collectif. Nous avons su hiérarchiser, établir des priorités, résister aux pressions extérieures et aux tentatives d’intrusions, nous prémunir contre la pollution toxique, naviguer dans les eaux agitées et toujours garder le cap.
Nous avons également su faire fonctionner les rouages du Conseil d’une manière à la fois démocratique et efficace et nous avons su utiliser les instances de production des analyses et des idées, les instances de coordination des activités du Conseil et les instances de délibération et de décision et nous avons réussi la bonne articulation de toutes ces instances. 

4. Sur le plan de la communication, nous avons réussi à améliorer l’image du Conseil dans les médias, auprès des acteurs et plus généralement de l’opinion publique grâce à un travail collectif réfléchi qui nous a permis de porter la bonne parole d’une manière méthodique et maîtrisée.

A côté de ces acquis consistants, nous nous devons aussi de relever les défaillances et les insuffisances.
Dans le domaine de la communication, vous savez que les textes qui régissent le Conseil (la loi et le règlement intérieur) font du président le seul porte-parole du Conseil et que les membres ne peuvent parler au nom du Conseil que quand ils sont dûment mandatés par le Président. A ce propos, afin d’éviter les écarts enregistrés ici et là et les signes de discordance créés par des déclarations non autorisées, j’appelle à l’observation rigoureuse des prescriptions légales et réglementaires. 
Seul le respect scrupuleux de ces règles nous permet de garder la maîtrise et la cohérence de la communication et nous prémunit contre le recours à des clarifications ou à des démentis.
Par ailleurs, je voudrais que l’on s’arrête sur un problème auquel il faudrait rapidement trouver une solution, en l’occurrence le faible taux d’assiduité aux réunions de quelques commissions permanentes à certaines périodes. Cette situation, si elle perdure, peut constituer un facteur entravant l’avancement des travaux des commissions. Là aussi, il y a lieu de rappeler l’obligation de prendre part régulièrement aux travaux des instances du Conseil.

D’un autre côté, le règlement intérieur, que nous avons adopté dans la hâte pour ne pas retarder l’élaboration de la vision stratégique de la réforme, révèle certaines carences et insuffisances et nous nous devons d’apporter les modifications nécessaires au cours d’une prochaine session.
Malgré leur importance, ces remarques ne doivent pas voiler l’essentiel. Et l’essentiel c’est que nous avons fait un bon parcours et bien accompli la mission d’étape, difficile et délicate qui était la nôtre. 
L’essentiel c’est que notre appel a été entendu et que Sa Majesté le Roi a salué notre travail en consacrant, sur un ton énergique et vigoureux, un long développement à la réforme de l’enseignement dans le discours du trône de l’année 2015. 
L’essentiel c’est que le gouvernement a fait sienne la vision stratégique et les départements concernés ont élaboré les premiers programmes de mise en œuvre.
L’essentiel c’est qu’au cours des dernières rencontres régionales qui ont réuni plus de 3000 personnes, le message adressé à la société a été bien reçu, que la vision n’a à aucun moment fait l’objet d’aucune réserve ni d’aucune remise en question et qu’elle fait déjà l’objet d’un début d’appropriation et de mobilisation.
C’est ce capital auquel nous avons eu le privilège d’apporter notre modeste contribution que nous devons absolument préserver et cultiver. C’est sur ce capital précieux, que nous devons bâtir maintenant, que nous avons appris à vivre ensemble, à travailler ensemble et à produire ensemble.
Maintenant que les difficultés du début sont derrière nous, maintenant que les rouages du Conseil sont rodés, que chacun d’entre nous a pris ses marques et ses repères, nous avons le devoir d’accélérer la cadence, de tout faire pour poursuivre nos efforts dans la confiance, dans la sérénité et dans le respect mutuel pour poursuivre le travail entrepris, pour revenir sur les questions que nous n’avons pas approfondies, pour pousser plus avant la réflexion sur ce qui n’a été que rapidement évoqué par manque de temps, de données ou de recul.
Telle est l’ambition du plan d’action du Conseil pour les années 2016-2017, que l’Assemblée Générale s’attèlera à examiner et à enrichir avant de l’adopter.






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